GRATIEN CANDACE (1873-1953)

1873 - Petit-fils de Charlottine, esclave

vendredi 23 avril 2004 par Dominique Chathuant
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Gratien Candace était le fils d’Edouard Candace né à Bouillante deux ans avant l’abolition. L’état-civil précise qu’Édouard était surnommé Gédéon. A vrai dire, il était surtout connu sous le surnom de Nostromme. C’est ce que rapportent encore aujourd’hui plusieurs traditions orales familiales proches de Candace ou apparentées.
C’est donc à Nostromme et à ses parents que fut donné en 1848 le patronyme Candace. Alors qu’on le croyait perdu, le registre d’Etat-Civil des Nouveaux-Libres de Bouillante a été retrouvé lors d’une inspection des archives à la mairie de Bouillante. On a pu y vérifier la véracité d’un scénario déjà proposé comme hypothèse : à la fin de l’année 1848, un ancien esclave (nouveau-libre) s’est présenté à la mairie de Bouillante en compagnie de ses enfants dont le petit Édouard âgé de 2 ans.

Le registre retrouvé mentionne d’autres patronymes comme Cancale, Canope, Canossa ou Candaule, ce qui indique qu’on a feuilleté un dictionnaire des noms propres. On ne connaît pas le père de Gédéon/Edouard. Tous nés à Bouillante, les 5 porteurs du nom Candace sont :

  • - Charlottine, la mère, environ 51 ans. La découverte du registre confirme donc l’existence de cet ancien esclave qui s’avère être une femme.
  • - Delphine dite Guéguèche, environ 14 ans
  • - Toussaint, environ 10 ans
  • - Françoise dit Marcelline, environ 6 ans
  • - Édouard dit Gédéon, environ 2 ans et demi.

  • Fait important, ces esclaves venaient d’une caféière située à la section Village de Bouillante. L’habitation appartenait à la veuve du mulâtre Amé Noël, propriétaire de plusieurs habitations dont Bologne-Basse-Terre. Si l’on a perdu la trace de Toussaint, il est notable que les tantes Guéguèche et Marcelline aient laissée des traces dans les sources orales. La première, apparentée à la belle-famille d’une de nos sources orales, est désignée comme l’un des soutiens principaux de Gratien Candace lorsqu’il était étudiant à Toulouse.

    Loin de nous fourvoyer dans une fastidieuse érudition, cette généalogie permet de prendre la mesure du milieu social où est né Gratien Candace. Avant de devenir un objet de connaissance historique pour le Candace de 1948, l’esclavage fut d’abord un souvenir familial. Dans l’hypothèse d’un écart suffisamment court, il y a une probabilité infime que Gratien Candace ait connu sa grand-mère, ancien esclave et aïeul éponyme : elle avait 83 ans quand il en avait 7. L’une des principales sources sur l’esclavage a donc pu être la tante Guéguèche, en âge de fréquenter les ateliers au moment de l’abolition.

    Les souvenirs de l’esclavage étaient encore vivaces et remémorés lors des veillées. On raconte dans les milieux békés que des propriétaires blancs créoles, les Block de Friberg, auraient aidé le jeune Gratien à apprendre à lire. Il est malaisé d’estimer la valeur de cette information : Gratien Candace est un produit de l’école communale publique. Il n’est pas passé par le lycée mais par le primaire supérieur qui, jusqu’aux années trente, accueillait les élèves extérieurs aux classes de primaire des lycées. En outre, l’essentiel de l’aide qu’il reçut dans ses études lui vint de la famille Labique.