GRATIEN CANDACE (1873-1953)

Avant-propos de l’auteur

vendredi 27 avril 2001 par Dominique Chathuant
Ce site présente un travail de vulgarisation sur Gratien Candace. Il occupe le terrain contre une histoire polémique, sans nuance et sans esprit critique qui se confond avec la mémoire. Il ne remplace en rien la lecture des travaux signalés dans ces pages.
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Député de la Guadeloupe de 1912 à 1940, Candace y fut l’homme fort de l’époque avec Henry Bérenger. Ardent défenseur de la notion de « mise en valeur des colonies », il fut rapporteur de la commission du traité de Versailles (1919), ministre (1932-1933), vice-président de la Chambre (1938-1940) et Conseiller national (1941-1942). Il compta également parmi les partisans du vote des femmes (cf. 1925, 1935).

Beaucoup de visiteurs de ce site ne connaissent pas Candace. Qu’on ne s’en étonne pas : pour une majorité des historiens de la III République, il passe inaperçu bien que souvent cité une ou deux fois par les témoignages politiques Herriot, Déat, Lebrun, Monnerville, Jeanneney, Bonnefous, etc.) sans jamais être présenté ; comme s’il était de ceux qu’on ne présente pas.

Pour les historiens de la Guadeloupe, l’image reste souvent celle du « traître à la race noire » vilipendé dans les années 1930 par les mouvements nègres de France. On oublie souvent que la carrière de Candace fut d’abord une infâmie aux yeux des plus virulents racistes du temps. Albert Sarraut, ami de Candace, fut ainsi traité de « traître à la race blanche » par des idéologues nazis.
Colportée par le journaliste guadeloupéen Justin Thomar (qui disait la tenir du Martiniquais Hanna-Charley), la scène de la rencontre Hitler-Candace est sans doute une pure invention inspirée par l’épisode Jesse Owen aux JO de Berlin. Cependant, l’idée qu’Hitler, furieux, aurait incendié le fauteuil de Candace après la conférence, renvoie surtout à l’autre image de Candace : celle du noir qui montre aux blancs qu’il n’est pas le nègre-banania ou le boy stupide de Tintin. Reste que l’aspect le plus intéressant de cette personnalité politique est sans doute dans sa gestion de la contradiction apparente entre République et empire colonial et dans l’image qu’il donne du colonisé (ou colonial) au Français de la République coloniale. A l’heure où il est d’usage de disserter de la présence dans nos instances élues de Français dont les parents sont venus de l’ancien empire colonial (c’est volontairement et en accord avec ce qu’en écrit Gérard Noiriel, qu’on refusera d’employer l’expression dénuée de sens « issus de l’immigration »), Candace et d’autres députés noirs nous rappellent que, bien que restreinte, cette présence de ministres perçus comme « de couleur » date en France de 1929 avec le Martiniquais Alcide Delmont puis le Sénégalais Blaise Diagne. A en juger par certaines sources privées, il y eut des gens pour s’en offusquer. Notons que, selon les conceptions racialistes du temps, Delmont était mulâtre quand Diagne était nègre (terme en usage à l’époque et toujours utilisé dans les Antilles). De même, alors que Gaston Gerville Réache, mulâtre guadeloupéen fut élu président de la Chambre en 1904, Candace fut en 1938 le premier député noir à monter au perchoir.


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